La chenille processionnaire... Quelle plaie !
Je sais... en ce moment je ne publie pas beaucoup. Euhhh... je profite de l'été... Ce n'est pas une excuse ? Disons plutôt que je canalise mon énergie pour pouvoir supporter les épisodes caniculaires... C'est plus crédible ? En tout cas, ce n'est pas parce que je suis en manque d'inspiration, c'est le principal.
Nous pourrions penser que l'été est a priori la période la plus propice aux balades et aux randonnées. En pratique, ce n'est pas vraiment le cas surtout en ce moment : en cette période de grosses chaleurs, il n'est pas recommandé de marcher de façon intense à cause du risque d'insolation et de déshydratation.
De plus, à partir du mois de juin, les chemins sont envahis de bestioles de toutes sortes... Impossible de marcher sereinement sans en prendre une dans l'oeil ou une autre qui s'incruste par les trous de nez ou dans les oreilles ! Toute une floppée d'êtres vivants que nous connaissons très mal par rapport notamment aux risques de piqûres et à d'autres effets nocifs.
En voilà un bel exemple : la chenille processionnaire. C'est la larve d'un papillon de nuit, le Thaumetopoea pityocampa.
Les papillons qui éclosent en été entre juin et septembre pondent leurs oeufs par poignées de 150 à 220 dans les rameaux ou les aiguilles de diverses variétés de pins. L'éclosion a lieu 5 à 6 semaines après la ponte et donne naissance à des chenilles qui muent 5 fois à des dates qui diffèrent en fonction de la température, l'altitude et la latitude. En hiver, les chenilles tissent un nid soyeux dans lequel elles passeront la journée pour profiter des rayons du soleil, comme celui-ci (shooté sur le parcours de ma balade à Etang sur Arroux) :

Elles en sortent la nuit pour s'alimenter. Leurs déplacements s'effectuent en procession en étant assurés par un contact tactile de soie à soie.
Au printemps, la colonie, conduite généralement par une femelle, quitte le nid, toujours en procession pour gagner au sol un endroit bien ensoleillé et s'enfouir dans un trou où chacune des chenilles va tisser son cocon pour démarrer son processus de transformation en chrysalide.
Au bout de plusieurs mois, voire plusieurs années, les chrysalides sont transformées en papillons qui sortent de terre. Le cycle peut alors reprendre par accouplement de la femelle et du mâle qui meurt un ou deux jours après, alors que la femelle s'envole vers une branche pour pondre jusqu'à 220 œufs avant de mourir aussi.
Lors de mes dernières balades, j'en ai croisé certaines qui s'acheminaient vers le sol...
La Catalogne et les Landes sont familiarisées avec cet insecte depuis la nuit des temps. Depuis les années 90, les chenilles processionnaires se développent de plus en plus vers le Nord et en altitude en raison de l'accélération du réchauffement climatique. En effet, leur progression concorde avec l'augmentation des températures constatées en hiver. La chenille se retrouve aujourd'hui sur une aire qui s'étend de la Manche à Chartres, Melun, Auxerre puis des Vallées de la Saône et du Rhône. Elle vient aussi de gagner la région parisienne alors que les chercheurs de l'INRA d'Orléans n'avaient prédit cette remontée qu'en 2025 en s'appuyant sur le scénario de changement climatique le plus modéré de Météo France.
Il est important que les populations des régions nouvellement envahies par les chenilles processionnaires soient informées des nuisances qu'elles provoquent.
D'abord, elles font partie des plus grands ravageurs forestiers de France. Se nourrissant d'aiguilles de pins et de cèdres, elles provoquent un ralentissement de la croissance de l'arbre et les rendent plus vulnérables aux maladies et aux autres ravageurs des forêts.
Elles posent également un problème de santé publique : elles possèdent des poils urticants microscopiques qu'elles libèrent dans les derniers stades larvaires. Ils sont très allergènes et peuvent provoquer des réactions très violentes chez l'homme (démangeaisons, problèmes respiratoires, ophtalmologiques, cardiaques, neurologiques, chocs anaphylactiques...) mais aussi des nécroses de la langue chez les animaux domestiques.
Plusieurs méthodes sont employées pour lutter contre ce ravageur :
- des traitements curatifs à base de difunblenzuron
- La pulvérisation de produits insecticides microbiologiques
- des pièges à base de phéromone de synthèse pour neutraliser les mâles.
- des moyens préventifs comme l'installation de nichoirs pour des oiseaux prédateurs tels que les mésanges, les coucous et les huppes fasciées qui sont les seules espèces à pouvoir dénicher et avaler les chenilles en restant insensibles au caractère urticant de leurs poils.
Pour agir encore plus en amont contre la colonisation de chenilles processionnaires, il convient d'éliminer des aménagements paysagers, l'implantation des "arbres hôtes", c'est-à-dire de toutes les variétés de pins.
Soyez bien vigilant(e)s si vous vous retrouvez nez à nez avec cette chenille nuisible !