Excursion dans le dreamland d'Emilie Simon
Le 30 novembre dernier, j'ai fait un aller-retour express à Clermont Ferrand pour aller au concert d'Emilie Simon suite à la sortie de son nouvel album tant attendu "The big machine". J'étais impatiente et enthousiaste à l'idée de revoir mon idole sur scène. Le concert qu'elle avait donné à la Vapeur à Dijon en 2006 m'avait enchantée et j'avais regretté de ne pas avoir pu assister à d'autres concerts de la tournée "Végétal".
J'ai donc attendu cette nouvelle tournée avec impatience en me disant que cette fois, je ferai en sorte de réserver plusieurs dates... A prime abord, pas si simple car, pour l'instant, elle n'a pas prévu de faire escale dans ma région. Les points les plus proches se situent à Clermont Ferrand et en Suisse. Peut-être que d'autres concerts plus près de chez moi seront programmés par la suite... Mais je ne voulais pas attendre ni prendre le risque le louper le coche. Et je me suis dit qu'Emilie valait bien la peine d'un déplacement exceptionnel à 230 kms de chez moi.
Emilie Simon est une artiste complète : non seulement elle écrit, compose et est polyinstrumentiste, mais elle crée aussi des sons, une compétence rare qu'elle a développée grâce à une solide formation de musicologie et un passage à l'IRCAM (Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique) de Paris. C'est cette originalité qui confère à ses oeuvres leur côté expérimental. Par exemple, dans la bande son du film "La marche de l'empereur", elle avait réussi à reproduire le son de la glace et avait utilisé des instruments aux sonorités froides comme la harpe. Lors de sa tournée "Végétal", un objet étrange imitait parfaitement le crépitement d'un feu de bois dans une cheminée dans la chanson "En cendres". L'ingénieuse des sons s'est surtout fait connaître grâce aux récompenses qu'elle a obtenues aux Victoires de la musique. Le public se souvient d'elle en train de chanter "Désert" en live avec un appareil bizarre accroché à son bras, qui est en fait un modulateur de voix qui lui permet de gérer elle-même ses effets (réverb, écho, dédoublement, déformation...).
L'album "The big machine" marque une rupture avec les précédents. The big machine, c'est New York et son rythme trépidant, ville où Emilie a élu domicile il y a quelques mois. L'album est plus pop, moins éléctro avec une voix légère et aïgue qui rappelle une certaine Kate Bush. Dans ses interviews, Emilie Simon explique qu'elle a souhaité se détacher de ses logiciels sophistiqués et revenir à de la création ne demandant qu'une intrumentalisation basique : voix, batterie, piano, basse. Elle s'est aussi largement inspirée de son environnement, en particulier Chinatown, le quartier où elle a logé. Elle s'est laissée emporter par la frénésie créative qui anime Manhattan. Son nouveau lieu de vie explique aussi qu'elle ne chante quasiment qu'en anglais. Elle en a profité pour tester ses nouvelles compositions auprès du public new yorkais avant la sortie de l'album en France.
Au vu de certaines critiques, elle a déconcerté ses fans de la première heure, déçus d'une certaine "variétisation", qu'elle ait "renié" sa langue natale et qu'elle n'intrigue plus par des sons mystérieux. Quand j'ai écouté "The big machine", j'avoue que j'ai aussi mal vécu ce revirement même si cet album se mange sans faim. Cela dit, je respecte le choix d'Emilie et je continuerai à suivre de près sa carrière en espérant qu'elle renoue avec son côté "végétal".
Je reviens à ma récente expédition à Clermont Ferrand. Je suis arrivée sans encombre à la Coopérative de mai, un lieu très facile d'accès d'autant plus que le grand parking public situé à proximité est gratuit le soir. J'ai été surprise par la petite taille de la salle qui était loin d'être comble.
La première partie était assurée par Paco Volume, un groupe français pop rock qui accompagne Emilie Simon pendant toute sa tournée. Le chanteur ressemble un peu à Renan Luce. Le groupe a proposé de gentilles compositions anglo-saxonnes et a placé une belle reprise du titre de Kim Wilde "Kids in América". Il m'a fait penser à Tom Petty and the heartbreakers, une autre groupe américain qui a bercé mon adolescence.
Puis Emilie est apparue magnifique, ses longs cheveux crépés en arrière avec quelques mèches gauffrées sur le devant, et portant une robe courte brillante aux reflets bleus sur un tregging argenté. Seuls un batteur et un bassiste/contrebassiste l'accompagnaient. Après un timide "bonsoir", elle a commencé son récital. Autre surprise : je me suis rendue compte que la plupart des gens autour de moi ne la connaissaient pas et étaient là juste pour la découvrir. Ils n'étaient donc pas dans l'esprit de reprendre ses chansons en choeur. Pas de risque pour eux d'être déçus puisqu'ils avaient un regard neuf. Je me sentais alors un peu seule dans mon engouement...
Emilie Simon a enchaîné les titres de son nouvel album les uns après les autres en intercallant trop peu de morceaux de ses albums précédents (Fleur de saison, Flowers, Song of the storm). Elle portait son fameux bras bionique relooké en Big machine, et bidouillait sur une boîte à rythmes qui donnait la seule petite distraction visuelle au public : un jeu de courbes défilant au rythme des sons qui fait penser aux oscillographes qu'on utilise en cours de physique au collège pour mesurer la tension électrique. Elle a utilisé cette boîte à rythmes notamment dans une reprise sympathique d'"Opium" où l'on retrouvait de belles sonorités électro. C'est le moment du concert que j'ai le plus apprécié. Au premier rappel, elle a chanté son tube "Désert" au piano voix.
Le reste du concert m'a laissée sur ma faim. Emilie est restée statique derrière son clavier, très peu locace et ne dégageant aucune émotion. Elle n'a manifesté aucune volonté de sortir de sa bulle ni de partager avec le public. Les deux musiciens sont aussi restés impassibles et se sont contentés de faire leur job.
Une formation minimaliste et une absence de mise en scène qui tranchaient avec l'envoûtement qu'Emilie Simon avait suscité lors de sa tournée en 2006.
Pendant le concert, j'étais très mal équipée, je vous montre quand même deux photos médiocres prises avec mon téléphone où nous pouvons à peine la distinguer :

Je tâcherai de prendre de plus jolies photos à l'un de ses prochains concerts.
Heureusement, un internaute a immortalisé la magnifique version d'Opium chantée à Clermont Ferrand (le son sature un peu mais ça donne une idée ! ) :
Voici une autre vidéo tournée lors du concert donné une semaine auparavant à Bruxelles. Il s'agit d'un extrait de "Dreamland".
Est-ce parce que l'album "Végétal" était si exceptionnel que le suivant ne pouvait être que moins bien ?
Je n'ai pas envie d'analyser davantage ce changement de cap. J'espère juste que cette étape n'est qu'une transition avant un retour au plus haut niveau de l'imaginaire et de l'émotion.
Emilie, tu restes ma chanteuse préférée et je n'aurais qu'un voeu à formuler,
Continue à nous faire rêver petite fée !